Les marchés de l'électricité doivent-ils être repensés ?
Le 28 avril 2024, l'Espagne, le Portugal et le sud de la France ont subi d'importantes coupures de courant. Le 1er mai, le prix de gros de l'électricité dans ces régions est tombé à -10 euros par mégawattheure. De ce fait, les centrales électriques ne peuvent plus dégager de bénéfices en vendant de l'électricité et doivent même payer pour l'injecter dans le réseau.
Ce phénomène se produit généralement lors des périodes où l'offre d'électricité dépasse largement la demande, comme les jours fériés ou les week-ends, lorsque l'activité industrielle diminue et que la production d'énergie renouvelable (solaire et éolienne, par exemple) connaît une forte hausse grâce à des conditions météorologiques favorables. Le réseau électrique devant équilibrer production et consommation en temps réel, les centrales doivent maintenir leur fonctionnement malgré des prix de l'électricité négatifs afin d'éviter les pertes dues aux arrêts et redémarrages fréquents des équipements.
Les prix négatifs de l'électricité ne sont pas rares dans les pays à forte proportion d'énergies renouvelables, comme l'Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande, surtout au printemps et en automne, lorsque la demande n'a pas encore atteint son pic, mais que la production d'énergie éolienne et solaire a largement dépassé la capacité d'absorption du réseau.
Bien que des prix négatifs de l'électricité apparaissent sur le marché de gros, les ménages ne bénéficient généralement pas de subventions (sauf s'ils souscrivent à des offres spécifiques indexées sur le marché). Pour les producteurs d'électricité privés, ces prix négatifs entraînent directement des pertes de revenus et peuvent même freiner leurs investissements en raison des pertes à long terme.
L'impact le plus important réside dans la stabilité du réseau électrique. En produisant de l'électricité, les centrales thermiques traditionnelles contribuent également à la stabilité de la fréquence du réseau grâce à leur inertie. L'intermittence des énergies renouvelables, conjuguée à un raccordement au réseau désordonné en période de prix de l'électricité négatifs, peut aggraver les fluctuations du réseau et même provoquer des coupures de courant. De plus, la fréquence des prix négatifs de l'électricité peut freiner les investissements dans de nouveaux projets et entraver la transition énergétique.
Pour résoudre le problème des prix négatifs de l'électricité, une approche multidimensionnelle est nécessaire :
1. Technologie de stockage d'énergie : Les installations de stockage d'énergie, telles que celles promues en Finlande, peuvent absorber l'électricité excédentaire et la restituer lors des pics de demande.
2. Interconnexion transfrontalière des réseaux : le Danemark équilibre les différences régionales d'offre et de demande en renforçant l'interconnexion électrique avec d'autres pays.
3. Gestion dynamique de la demande : la France ajuste avec souplesse la puissance de production de ses centrales nucléaires pour s'adapter à la volatilité des énergies renouvelables.
Les prix négatifs de l'électricité constituent un signal d'alarme quant à la nécessité de transformer le système électrique, révélant l'incompatibilité des infrastructures actuelles avec une forte proportion d'énergies renouvelables. À l'avenir, il est indispensable d'accélérer le développement des réseaux intelligents et d'améliorer les mécanismes de marché afin de parvenir à une intégration durable des énergies propres.


